Guinee/Eventuelle implication du MATAP au second tour : Pourquoi est- ce un vrai faux- débat ?

Publié le par FRIADIASPO

guinee-labe-kankan.jpgAujourd’hui, les guinéens sont divisés autour de la proposition du Premier ministre, Jean Marie Doré, dans sa volonté d’impliquer coûte que coûte les gouverneurs, préfets et autres sous- préfets des régions dans l’organisation du second tour prévu le 19 septembre 2010. Si ce projet est favorablement accueilli par une frange de l’opinion, force est de constater qu’il est aussi rejeté par une bonne partie de la population. Mais en pesant le pour et le contre, l’on s’aperçoit aisément que c’est un vrai faux- débat. Et comment ?
 
Jean Marie Doré a eu chaud, la semaine écoulée, au point qu’il faillit perdre son poste et l’estime de son patron. Mais en fin politicien, il sut vite rectifier le tir, avec ses feintes habituelles, en réunissant les détracteurs et les partisans de son projet d’ordonnance, pour mieux repréciser ses idées, comme s’il était incompris.

Pour mieux replacer les faits dans leur contexte, il faut dire qu’au départ, l’intention de Jean Marie Doré était de modifier la nouvelle constitution, en organisant une inversion des rôles, qui consisterait à donner plus de responsabilité au MATAP dans l'organisation des élections, en lieu et place de la CENI, qui ne ferait que jouer les seconds rôles. Ainsi, le MATAP aura la gestion du vote, des urnes et du serveur central, alors que la CENI ne fera que proclamer les résultats.

Mais à peine que ce projet ait été révélé par la presse, le Premier ministre devint la cible des critiques. La société civile guinéenne exprima son inquiétude, les organisations de défense de droits humains condamnèrent l’acte, le camp de Cellou Dalein Diallo demanda son limogeage, la presse étrangère diffusa la nouvelle en boucle, les médias locaux fustigèrent et le CNT demanda l'arbitrage de Sékouba Konaté. Lui, dont la nomination à la Primature avait été saluée par l’intérieur et l’extérieur devint subitement l’ennemi commun.

Face à la levée de boucliers qui s’en suivit, Jean Marie Doré convoqua un point de presse à la Primature le 22 Août, un dimanche, pour se blanchir. Mais à la dernière minute, il se déroba pour une interview à sens unique sur les plateaux des médias publics, la RTG. Le lendemain, il réunit encore les partisans et détracteurs de son projet de décret autour d’une commission inter- institutionnelle chargée de définir le partenariat CENI- MATAP, afin d’expliciter le terme « assistance technique » que l’un devrait apporter à l’autre.

Dans sa tentative de noyer le poisson, le PM affirme qu’il est étonné de tous les coassements des ignorants qui s’agitent dans le vide, pour dire qu’il veut violer la constitution. Soit ! Pourtant, tous ceux qui l’ont écouté, depuis les révélations faites par la presse savent pertinemment qu’entre son projet initial et sa dernière retouche, rien n’a évolué. Au contraire, il n’a fait que tourner en rond, pour ne rien dire.

Or, si l’opinion publique a été si critique envers lui, c’est parce que le Premier ministre a fait le semblant dans l’accomplissement de sa mission, alors que son unique rôle est d’organiser les élections. Sa position est désormais connue de tous, après son indifférence par rapport au vote du premier tour, le candidat à une Présidentielle troisième période veut maintenant jouer à l’ingérence, tout en refusant de jouer strictement son rôle. Voilà la vérité.

Tous les guinéens sont unanimes sur un fait : le premier tour a connu des ratés, des irrégularités, des manquements et des défaillances sur toute la ligne. Tous les guinéens sont également unanimes sur un autre fait : avant d’aller au second tour, il faut rectifier les erreurs du passé pour qu’au lendemain du 19 septembre, le verdict des urnes soit accepté par toutes les parties. Tous les guinéens sont enfin unanimes sur un dernier fait : la CENI n’est pas la seule organisatrice du premier tour, contrairement aux affirmations du Premier ministre. Mais delà à incriminer la CENI seulement relève d’un manque de foi. Autant, la CENI est coupable, autant le MATAP est responsable, et le gouvernement, indifférent.

Mais en examinant au fond ce problème, on pourrait comprendre les véritables intentions, qui animent notre PM. Après le premier tour, Jean Marie Doré soutenait mordicus que le MATAP n’a pas été associé à la gestion des élections. Or, le directeur des opérations de la CENI, a avoué qu’en aucun moment, son institution n’a posé d’actes, sans avoir associé le MATAP. Quant à la présidente intérimaire de la CENI, Mame Camara, elle a récemment dit que le MATAP leur apporte l'assistance technique depuis bien avant : « Pour le premier tour, nous avons travaillé étroitement, techniquement et c'est ce qui continue ».

Voilà des exemples illustrant le partenariat entre ces deux institutions : le retrait de Kindia qui permit à la fixation de la date du 27 Juin pour la tenue du premier tour avait été présidé par le MATAP. Dans chaque bureau de vote, le président, le vice- président et le secrétaire sont désignés par le MATAP. Sur 100 actes posés par la CENI, 80 sont signés par le MATAP etc.
Mais comme cet argument ne tient pas, le PM cherche des poux sur un crane rasé, en voulant revisiter le protocole d’accord, liant la CENI au MATAP. Alors qu’il pouvait le faire bien avant, notamment lors des travaux de la Commission ad hoc comprenant tous les acteurs de la transition, y compris la Primature, qui s’est récemment penchée sur les conditions à réunir pour l’organisation d’un second tour, sans incident et qui a d’ailleurs proposé 24 recommandations.

Pourquoi le Premier ministre cherche-t-il à modifier la constitution alors que les recommandations du comité ad hoc pour la réussite du second tour peuvent être appliquées ? Pourquoi n’avait- il pas posé l’éventuelle implication du MATAP lors des travaux de la commission ad hoc ? Pourquoi a-t-il attendu la fin des travaux de la commission ad hoc pour relancer une commission- bis ? Mais diantre, pourquoi n’a- t- il pas convoqué un conseil des ministres pour demander l’avis de son gouvernement, dont l’unique mission est d’organiser les élections ? Pourquoi s’est- il enfermé dans ses locaux pour tenter de violer la constitution ? A-t-on besoin de prendre un décret pour définir le mot « techniquement » ? Vouloir impliquer une administration partiale n’est- elle pas une façon de casser l’indépendance de la CENI ?

Autres questions, le PM a instauré, le lundi 23 Août, une commission inter- institutionnelle, composée de la Primature, des deux partis finalistes et du CNT qui est chargée de « prendre un décret, rajoute Mr Doré, pour préciser le sens du mot « techniquement » que devrait apporter le MATAP à la CENI. C’est dire que si ce problème n’est pas un faux- débat, nombreux sont ceux qui pensent que les grammairiens et le dictionnaire sont les mieux placés pour définir un tel mot, au lieu d’une commission ou d’un décret.

Et Pathé Dieng d’indiquer qu’après la prise de l’ordonnance 015, CENI, MATAP et partenaires s’étaient retrouvées autour de la table pour comprendre ce que recouvre concrètement le terme « partenaire technique ». Au finish, ils avaient pu définir ce que chacun d’eux devrait faire : « lorsque le Premier ministre a parcouru ce protocole d’accord lui- même, le 23 Août, il a dit : « ce protocole va au- delà de ce que moi je pensais ». Le « faux- débat » n’est- il pas clos ?

C’est pourquoi, la CENI a montré, jeudi, son hostilité envers le projet du PM. Dans sa défense, le chargé de la communication de la CENI a soutenu que son institution ne cautionnera jamais l’idée saugrenue de modifier le protocole d’accord en un quelconque décret d’application : « Nous sommes dans un Etat. A ce titre, chaque acteur devra jouer son strict rôle, sans marcher sur la platebande de l’autre » a-t-il martelé.

A son tour, le QG de Cellou Dalein Diallo a claqué la porte, vendredi soir, au sein de la commission inter- institutionnelle créée par le Premier ministre, estimant que la CENI, dont la création a été le fruit d’une longue lutte, ne devrait pas être la coupe du MATAP.
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