L’Afrique de l’Ouest mobilisée à Accra pour freiner la prolifération des armes légères

Publié le par FRIADIASPO

Infoguinee - Accra Près d’une trentaine de ressortissants Ouest- africains sont réunis du 14 au 27 mars au Centre International Kofi Annan de Maintien de Paix d’Accra, un somptueux établissement privé situé dans la banlieue éclairée de la capitale ghanéenne, pour s’aguerrir sur les questions de gestion intégrée et coordonnée des frontières et de lutte contre la prolifération des armes légères et de petits calibres en Afrique de l’Ouest.  
Parmi le gotha d’invités ayant débarqué à Accra, depuis le 12 mars, pour bénéficier de cette formation d’une douzaine de jours, il y a des agents de la police d’immigration et de renseignement, des éléments de la douane et de la gendarmerie, des membres des Commissions nationales de lutte contre la prolifération des armes légères pour seulement deux journalistes. Soit au total treize nationalités concernées.
Ces invités viennent de pays francophones (Guinée, Cote d’ivoire, Mali, Sénégal, Togo, Niger et Burkina Faso), alors que d’autres sont de pays anglophones (Nigéria, Libéria, Ghana, Gambie et Sierra Leone) ou de pays lusophones (Cap Vert). Autant d’invités de l’espace CEDEAO, qui ont bénéficié d’une formation intense d’experts, du lundi au vendredi de 9 heures à 17 heures, avec à l’appui des cours magistraux, des travaux de groupes et des discussions.


Le jour de l’ouverture, le lundi 14 mars, après l’inscription, la présentation de l’établissement, la prise de contact entre invités et organisateurs et la photo de famille, les participants ont écouté l’intervention du directeur de département de recherche, John Pokou, également membre du comité de pilotage.


Après son souhait de bienvenue, puis son introduction, l’expert a attaqué le premier thème intitulé, la nature de l’Etat africain, pour permettre aux invités d’appréhender le fonctionnement des Etats, en vue de déceler ce qui a marché, ce qui a échoué et ce qu’il y a lieu de faire pour une gestion efficace des frontières, à l’heure où des terroristes sévissent aux frontalières nigéro- maliennes, des pirates secouent le Golfe de Guinée et la Cote d’ivoire minée par une crise sans fin.


Dans son exposé, l’expert a fustigé les multiples dysfonctionnements qui minent les appareils étatiques du continent, et qui ont pour nom porosité des frontières, faiblesse des investissements, fragilité des administrations publiques, inexpérience des agents de terrain, vétusté des équipements, autant de maux qui empêchent les Etats à répondre aux aspirations du peuple. Bref, tous les signes d’un Etat faible, imaginaire, fantôme et fragile. Un Etat pomme de terre ou Etat ballon donc.


Les 15 et 16 mars, le second expert, le Dr Wafula Okumu, de nationalité éthiopienne, est entré en scène, pour aborder les lignes de démarcation des frontières. Sur ce, il dira que les frontières d’un pays s’étendent aujourd’hui au- delà de sa superficie. Comme exemple, il a cité le cas de citoyens appelés à voter dans un endroit situé hors de leurs pays d’origine.


L’objectif recherché de son cours est de mobiliser les compétences et d’harmoniser les méthode de travail pour une gestion intégrée et coordonnée des frontières communes en vue de maitriser le flux d’immigration et des marchandises dans l’espace CEDEAO, tout en réduisant la criminalité transfrontalière et la prolifération des armes légères et de petits calibres.


Selon l’expert éthiopien, le Dr Wafula Okumu, l’Afrique devrait concentrer ses efforts, non pas sur le développement interne seulement, mais aussi sur le renforcement du système sécuritaire au niveau de ses frontières terrestres, maritimes et aériennes, si toutefois elle veut renouer avec la stabilité intérieure et pérenniser ses acquis démocratiques.


Pour étayer ses arguments, l’expert explique que l’Afrique dispose de 109 frontières internationales sur une distance de plus de 28 000 Km, mais que c’est seulement 25 % de ces frontières qui sont délimitées. Plus loin, il dira que les 109 frontières internationales traversent 177 groupes ethniques.


Poursuivant son argumentaire, le Dr Okumu a cité les menaces qui guettent l’Afrique, dont la pêche illégale, la piraterie, la prolifération des armes légères, le trafic de personnes, de pierres précieuses et de drogue, la contrebande de marchandises, le voyage d’immigrés clandestins, le terrorisme, la rébellion, le mercenariat, les réfugiés politiques, le blanchiment d’argent, les braconniers...
Ce sont autant de sources d’insécurité, selon le Dr Wafula Okumu, qui devraient inciter les dirigeants du continent à agir vite, en vue de renverser la tendance, à l’image des puissances occidentales qui ont érigé des forteresses et injecté des fonds colossaux pour renforcer le contrôle au niveau de leurs frontières communes face aux menaces extérieures.


Pour y parvenir, l’expert éthiopien pense que les Etats africains devraient impérativement moderniser leur méthode de travail et leurs appareils étatiques, caractérisés aujourd’hui par le manque de volonté politique, l’insignifiance des investissements, la porosité des frontières, la vétusté des équipements et l’absence d’un personnel qualifié et motivé aux frontières.


Dans les discussions, il a été prouvé que l’Afrique a d’énormes avantages à gagner, si toutefois elle élabore un mécanisme de gestion efficace de ses frontières, notamment la stabilité de l’intégrité territoriale, l’efficacité dans la prestation de service aux frontières, la maitrise du flux des personnes et des biens, la réduction de la criminalité transfrontalière et la croissance des activités économiques.


Le vendredi 18 mars, une experte ghanéenne en matière de surveillance maritime, du nom de Capitaine Georgina JOPAP, est passé au podium pour inviter les pays africains, à s’inspirer du ‘’modèle malaisien’’ pour mieux contrôler leur Zone Economique Exclusive (ZEE).
Dans son plaidoyer intitulé « sécurisation des frontières maritimes et Zone Economique exclusive», l’experte ghanéenne a tout d’abord regretté le fait que les zones côtières du continent soient utilisées comme des dépotoirs d’ordures et de déchets toxiques ou sources de pollution, d’érosion et de criminalité en haute mer.


Dans son intervention, la capitaine a cité de nombreuses menaces qui minent actuellement l’Afrique, comme la pêche clandestine, la piraterie, le terrorisme, le trafic de drogue, la prolifération des armes légères, l’arraisonnement des navires, la contrebande de cigarettes le long des cotes africaines.


Par ailleurs, Mme JOPAP a aussi dénoncé le manque de volonté politique des Etats africains, qui accordent peu d’investissement en matière de renforcement de surveillance des frontières maritimes, alors qu’en diversifiant leurs activités économiques, ces Etats pourraient en tirer d’énormes profits.


Au nombre de ces profits, l’experte cite entre autres l’exploration, l’exploitation et la gestion des ressources maritimes, la livraison des licences de pêche, le tourisme, la pêche, l’exploitation des ressources minières et énergétiques…


« Les Etats africains doivent s’inspirer du modèle malaisien pour gérer leurs frontières maritimes» a-t-elle plaidé, tout en citant ce pays asiatique comme étant l’une des 10 nations au monde étant sur la bonne voie en matière de gestion des frontières.


La preuve, dira-t-elle, la Malaisie dispose d’une agence uniquement spécialisée sur la surveillance maritime directement rattachée à la Primature mais se composant de cadres en provenance de la police marine, du ministère de la pêche, de la douane, du département de la marine, des forces armées Malaisiennes, de l’environnement et de l’immigration.


L’experte ajoutera qu’en Malaisie, contrairement aux pays africains, la volonté politique y est. En plus, l’Etat a injecté un budget conséquent pour un personnel qualifié et équipé.


Après le diner, les formateurs et leurs disciples se sont embarqués dans un gros car flambant neuf, destination le Port de Tema, situé à 30 minutes d’Accra, pour apprendre comment ce Port fonctionne, quelles sont ses difficultés et quelles sont ses perspectives.


Dans ce reportage, nous épargnons nos aimables lecteurs des coulisses inédites du séjour ghanéen pour le prochain numéro, comme le calvaire des fumeurs francophones en quête de cigarettes à Accra, au point qu’ils sont obligés de dépenser le double dans le transport, quand ils vont acheter un paquet de cigarettes. Ou encore, l’émotion des sahéliens en découvrant la mer pour la première fois ou encore le calvaire des guinéens, ayant quitté Conakry sans provisions de devises, en raison de l’interdiction gouvernementale, ou enfin le concours de danse en cours d’organisation entre les invités Ouest- africains à Akossombo.


De notre partenaire Infoguinée BAH Abdoulaye
Envoyé Spécial à Accra

Publié dans Politiques & Sociétes

Commenter cet article