La Guinée et sa diaspora, que peut-elle faire pour participer à son développement durable?

Publié le par FRIADIASPO

 guinee-labe-kankan.jpgMalgré ses faiblesses, la République de Guinée possède un certain nombre d’atouts : des terres arables en quantité suffisante et non encore mises en valeur, une ouverture de 300 kms sur l’océan Atlantique, des fleuves et cours d’eau poissonneux et navigables en grande partie. L’artisanat est dynamique, le commerce florissant, sans oublier la pêche et le tourisme. Le secteur minier reste l’incontestable pivot pour un développement socio-économique durable : bauxite, fer, cuivre, pyrite, or, diamant.
Sur le plan démographique, la Guinée se trouve dans une situation exceptionnellement avantageuse : sa population est jeune, inventive, pacifique, jalousement attachée à son indépendance. Une frange importante de cette population réside à l’extérieur des frontières nationales. Elle comprend des hommes et des femmes qui ont quitté leur pays pour des raisons diverses : goût de l’aventure, quête de formation ou de fortune, fuite devant les représailles politiques.
Estimée à près de trois millions d’individus, la diaspora guinéenne est dispersée dans tous les pays du monde. La plupart de ses membres ont acquis, sans le moindre concours de la Guinée, formation, savoir et savoir-faire, expérience et parfois fortune. Ils s’y sont mariés et ont eu des enfants qui viennent gonfler les rangs de la diaspora. Sous la première République, ils avaient tous de bonnes raisons de rester à l’extérieur : leurs concitoyens résidant au pays les y encourageaient souvent.
Cette situation a paru prendre fin le 3 avril 1984, avec l’arrivée au pouvoir des militaires. L’événement a suscité beaucoup d’espoir au sein de la communauté guinéenne expatriée. Nombre de ses membres se sont rués en Guinée au lendemain du changement, prenant des initiatives dans presque tous les domaines. Leur seul souhait était de contribuer au développement de leur pays d’origine. Mais les résultats obtenus sont bien maigres à ce jour.
Il en est résulté un désenchantement pour certains, un découragement pour d’autres, des questionnements pour tous. Que peuvent-ils faire pour participer au développement durable de leur pays ? Leur éventuel retour peut-il être de quelque utilité pour la Guinée ? Si oui, dans quels domaines et à quelles conditions ? En d’autres termes, quel rôle la diaspora guinéenne peut-elle jouer dans le développement de son pays d’origine ?
 
 
Des groupes dispersés
 
Malgré son importance numérique, la diaspora guinéenne reste trop divisée en de multiples groupes ethniques et régionalistes qui s’ignorent les uns les autres. Il faut remédier à cette dispersion des forces vives et limiter le gaspillage qui en résulte. Tout le monde gagnerait à surmonter cette juxtaposition inefficiente de groupuscules pour créer une association fédérative de tous les Guinéens de l’extérieur. Les exemples des Français de l’étranger et ceux, plus récents, des Maliens et des Sénégalais sont utiles à cet égard.
La diaspora devrait aussi mettre sur pied des structures opérationnelles facilitant la réinsertion progressive des Guinéens dans leur pays. Jusqu’ici, elle semble s’être limitée aux actions ponctuelles d’information, de sensibilisation, de contestation, voire de revendication. Les retours au pays sont, dans l’ensemble, restés individuels. Or, tant que la diaspora n’aura pas un pied-à-terre en Guinée, l’impact de ses multiples entreprises restera insignifiant.
Dans tous les cas, l’aboutissement de mesures, quelles qu’elles soient, reste largement subordonné à la situation effective dans le pays, lequel doit remplir, à son tour, certaines conditions. Il s’agit d’abord de recenser exhaustivement la communauté guinéenne expatriée, de remédier à la trop longue pratique des estimations approximatives, qui font obstacle à sa réinsertion ou, à tout le moins, à son implication plus rationnelle et plus efficace. Les résultats partiels obtenus au niveau des ambassades seraient fondus en un document unique, qui serait mis à la disposition de l’État et des opérateurs économiques cherchant une main d’œuvre qualifiée.
Il convient ensuite, pour la Guinée, d’engager des négociations avec les pays abritant les Guinéens, afin de libérer des moyens d’action à leur profit et de faciliter la réalisation de leur projet de retour. Il s’agit des droits sociaux acquis, des filières garanties de transfert de fonds, de l’aménagement de tarifs spéciaux, d’une franchise des biens d’équipement.
Il faut enfin créer un organisme national exclusivement chargé des Guinéens de l’étranger. L’exemple du secrétariat d’État chargé des Guinéens de l’étranger a été mal compris parce que prématuré.
Aujourd’hui, au-delà des dénigrements systématiques et d’une certaine animosité volontairement entretenue par une minorité, les Guinéens résidents, dans leur écrasante majorité, ont désormais perçu l’importance de la diaspora pour le développement durable du pays.
 
 
Des centres culturels
 
Rien n’interdit à une communauté aussi importante d’inscrire à son programme la création de centres culturels dans toutes les grandes capitales abritant un nombre important de Guinéens. Un tel centre jouera un rôle de carrefour, de lieu de brassage, de faire-valoir des produits du pays. Il contribuera à la vitalité des associations en leur procurant des moyens d’action conséquents. Une meilleure connaissance de la Guinée et des Guinéens entre eux pourra alors inspirer des projets viables destinés au pays d’origine.
Actuellement, non seulement il n’y a pas de structure d’accueil, mais une animosité persistante décourage bien des initiatives d’un intérêt évident pour le pays. Une corruption généralisée freine l’ardeur des opérateurs économiques les plus optimistes.
Malgré ces nombreux écueils, la diaspora joue un rôle considérable dans la vie et l’évolution du pays. Son apport multiforme se situe à différents niveaux.
La première contribution, la moins affichée et la plus difficile à évaluer, passe par les relations familiales. Il serait intéressant de connaître les flux financiers annuels que la diaspora envoie en Guinée. Cet argent est destiné, pour l'essentiel, à nourrir les familles restées au pays des Guinéens expatriés. La seconde intervention concerne les chantiers de construction de maisons individuelles : dispersés dans les quatre régions naturelles du pays, ces chantiers offrent de nombreux emplois ponctuels aux populations. Compte tenu du taux de chômage que connaît le pays, c’est un apport de grande portée, qui ne se limite d’ailleurs pas à l’habitat. Combien de mosquées, de ponts, de pistes rurales, de centres de santé, d’écoles, d’entreprises de transport ont été réalisés par ou avec l’aide des Guinéens de l’étranger ? Qui peut aujourd’hui évaluer à sa juste valeur le volume réel des capitaux détenus par la diaspora dans les comptes bancaires du pays ?
 
 
Le secteur bancaire
 
Or cet apport peut être plus important si l’État guinéen reconnaît, soutient et organise l’action de la diaspora, notamment en associant les Guinéens de l’étranger à la gestion des entreprises vitales pour le développement durable du pays. Ainsi dans le secteur bancaire, des voix convergentes se sont élevées, à l’intérieur comme à l’extérieur de la Guinée, pour réclamer la création d’une Banque nationale de développement économique et social.
Deux associations de Guinéens de la diaspora ont proposé à leurs concitoyens de l’intérieur la mise sur pied d’une Caisse guinéenne des investissements et d’une Société financière de Guinée.
L’importance politique et économique de ces entreprises pour le pays, l’ampleur des difficultés qu’elles devaient inévitablement rencontrer de la part des banques commerciales et des groupes d’intérêt concurrents, nécessitaient un sérieux soutien de l’État, voire son étroite collaboration.
Cette proposition était en tout cas nettement en avance sur ce qui est devenu aujourd’hui une pratique répandue, à savoir l’ouverture de micro-crédit aux populations pauvres. L’exemple de Graminebanque et sans doute de bien d’autres structures devrait inciter les dirigeants guinéens à soutenir plus sérieusement ce type de projets : la jeune et modeste entreprise guinéenne Yétémali est trop inexpérimentée pour répondre, à court terme, aux nombreuses attentes exprimées dans ce domaine.
La coopération avec la diaspora dans ces secteurs demeure un passage obligé : elle est en mesure de fournir au pays des informations fiables et à jour sur tout ce qu’il faut savoir sur tel ou tel partenaire, dans tel ou tel secteur d’activité, pour tel ou tel type de projet... C’est par ce biais qu’on pourra signer de véritables contrats de coopération : la Guinée gagnerait, par ambassades interposées, à faire participer la communauté expatriée à la recherche et à l’étude comparative préalable de ces contrats.
 
 
Trois priorités
  
Dans un pays où tout est affaire d’urgence, il est difficile d’établir des priorités, mais on en retiendra trois : la santé, l’agriculture et l’enseignement professionnel.
Dans le domaine de la santé, les besoins sont immenses. Les médecins se débattent dans les difficultés, déploient des efforts considérables pour concilier leur propre existence avec la nécessité de prodiguer des soins appropriés à leurs concitoyens pauvres. Or il existe dans les pays développés d’énormes possibilités d’aide, dont on ne sait parfois que faire. Une collaboration harmonisée entre la Guinée et la diaspora permettrait d’identifier ces possibilités pour les orienter vers les secteurs guinéens demandeurs.
C’est dans ce contexte que l’ACTOG (Association des cadres et techniciens d’origine guinéenne), à travers le docteur Bangali Kourouma, a offert en 1999 à l’hôpital Donka un équipement médical complet, comportant un scanner performant. Cet acte isolé peut, si les conditions sont remplies, être multiplié et étendu non seulement au matériel médical, mais encore aux médicaments et à l’expérience professionnelle des nombreux retraités guinéens et étrangers de la profession. Le succès de ce type de coopération à petite échelle peut déboucher sur des projets plus ambitieux, comme la construction d’hôpitaux et de cliniques en cogestion dans l’arrière-pays. On peut également envisager de faire intervenir ceux des partenaires retraités qui le peuvent dans la formation médicale dispensée dans les universités guinéennes.
Dans l’agriculture, il est possible de concevoir une politique toute nouvelle intégrant les éléments d’information fournis par les Guinéens de l’étranger. On repèrerait, à partir du recensement de la diaspora, tous les cadres de profil agricole et agronomique, tout en faisant un inventaire des cadres de l’intérieur qui occupent des postes politiques, sont installés à leur compte ou sont au chômage. Une grille salariale de réinsertion ou de recyclage serait établie à l’intention des cadres ainsi répertoriés, avec leur participation.
Cette nouvelle disposition permettrait d’aligner, par exemple, les ingénieurs agronomes et agricoles sur le même indice salarial que les docteurs d’État, toutes disciplines confondues. En outre, des primes et autres indemnités seraient calculées en faveur de ceux qui travaillent dans le secteur agricole, de telle sorte qu’à la fin de chaque mois, l’ingénieur agronome ou agricole obtienne un salaire réel plus conséquent que les cadres en col blanc de même indice salarial qui passent la plupart de leur temps dans des bureaux climatisés des centres urbains pléthoriques comme Conakry.
Pour couvrir les dépenses de mise en œuvre de cette politique, une demande motivée d’aide à la réinsertion des cadres expatriés serait soumise aux organismes internationaux, tels que le Pnud et surtout la FAO. Ces institutions et même d’autres bailleurs de fonds participeront volontiers à la réalisation d’un projet qui s’inscrit directement dans leurs préoccupations dominantes, pour peu que les fonds dégagés soient effectivement affectés aux objectifs de départ.
 
 
L’enseignement professionnel
 
Enfin, la Guinée peut et doit réinsérer ou intéresser les Guinéens de la diaspora dans l’enseignement en général et, en priorité, dans l’enseignement professionnel, vers les secteurs porteurs d’espoir que sont la mécanique automobile, l’électricité, la plomberie, la menuiserie… Chaque jour qui passe voit arriver des contingents considérables d’automobiles de toutes marques, à tel point que Conakry en est déjà saturée. L’état actuel des rues de la capitale et des routes interurbaines implique un entretien et de fréquentes réparations des véhicules. Les spécialistes de cette branche d’activité ne sont donc pas exposés, à court terme, à un risque de chômage. 
Le gouvernement guinéen lui-même peut y trouver son compte. D’abord, en instaurant un contrôle rigoureux de tous les véhicules en circulation. Ensuite, en veillant au recouvrement efficace des taxes, impôts et autres contraventions qui ne manqueront pas de suivre. Enfin, en contrôlant le versement de toutes les sommes ainsi recueillies au trésor public pour financer des projets d’intérêt national. L’État peut s’associer avec certains membres appropriés de la diaspora, voire avec des partenaires étrangers sérieux, pour créer et cogérer des garages, dont certains seraient habilités à faire suivre des stages pratiques aux étudiants aux fins de formation.
La diaspora peut aussi contribuer à la représentation du pays au sein des organisations internationales. En tant qu’État souverain, la République de Guinée est membre d’un nombre considérable d’organismes régionaux et internationaux. Elle leur verse une quote-part et y dispose, en contrepartie, de postes.
Or ceux-ci n’ont pas toujours été pourvus comme il fallait. Les nominations se font souvent sur des bases relationnelles, ethniques ou régionalistes. Nombreux sont aussi les hommes et les femmes qui achètent le droit d’être nommés à ces fonctions. Pire encore, il arrive souvent que les postes destinés à la Guinée au sein de ces organismes soient occupés par les ressortissants de pays tiers. Ou encore qu’ils restent vacants à cause d’une rivalité entre deux personnalités influentes du pays. Pour ne point se compromettre, l’autorité de tutelle se tait.
La Guinée a le devoir d’être bien représentée, pour éviter de se retrouver en marge des décisions qui régissent le monde. Elle en a humainement les moyens, à l’intérieur comme à l’extérieur de ses frontières. La désignation des représentants guinéens au sein de ces organismes devrait relever exclusivement de leurs aptitudes, connaissances et compétences à faire connaître les positions du pays, à répondre à ses attentes.
 
Au moins la moitié des trois millions de Guinéens expatriés constitue une population active, rompue aux pratiques professionnelles des pays d’accueil, dans différentes disciplines et à plusieurs niveaux. Parce qu’ils maîtrisent les langues des pays hôtes, connaissent à fond les forces et les faiblesses des sociétés qui les abritent depuis de si longues années, les Guinéens de l’étranger constituent une réserve de cadres, d’intellectuels, de techniciens, d’ouvriers spécialisés, d’artistes, d’écrivains, de chercheurs, dont le pays a besoin pour la transition démocratique d’abord, pour son développement durable ensuite.
 
Par la redaction de Friadiaspo

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