VIH/SIDA: Le sommet de l’ONU sur le SIDA fixe un nouvel objectif ambitieux pour 2020

Publié le par FRIADIASPO

201106130835330979.jpgNEW YORK, 14 juin 2011 (PlusNews) - La réunion de haut niveau des Nations Unies sur le SIDA a fait preuve d’une réelle ambition. Le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a exhorté [les participants]à s’engager à éradiquer le SIDA d’ici 2020. « C’est notre objectif : zéro nouvelle infection, zéro stigmatisation, et zéro décès dû au SIDA, » a dit M. Ban, sous les applaudissements de l’Assemblée générale de l’ONU la semaine dernière à New York.

Durant trois jours, cette rencontre à laquelle assistaient des chefs d’Etat, des groupes de la société civile, des organisations de lutte contre le SIDA et des activistes de plus de 30 pays, et qui coïncidait avec le trentième anniversaire de la découverte du SIDA, a été dominée par les discussions sur l’importance d’améliorer l’accès au traitement.

Le sommet, qui a eu lieu du 8 au 10 juin, s’est terminé par l’adoption d’une déclaration exprimant l’intention de multiplier par deux le nombre de patients bénéficiant de traitements antirétroviraux (ARV) pour toucher 15 millions de personnes, d’ici 2015, de mettre fin à la transmission du VIH de la mère à l’enfant, de diviser par deux le nombre de décès provoqués par la tuberculose parmi les personnes vivant avec le VIH et d’augmenter les mesures de prévention pour les « populations les plus vulnérables ».

« Cette déclaration est forte, les objectifs sont fixés dans le temps et fournissent une feuille de route claire et viable, non seulement pour les cinq années à venir, mais au-delà, » a déclaré Joseph Deiss, président de l’Assemblée générale de l’ONU. « Les Etats membres de l’ONU ont reconnu que le VIH est l’un des défis les plus terribles de notre temps et par cette déclaration de leur engagement à faire du monde un monde sans SIDA, ils
ont montré un vrai sens des responsabilités. »

L’argent nécessaire à la réalisation de ces objectifs reste une question essentielle, mais le document est vague sur les sources possibles. Quelque 10 milliards de dollars sont dépensés chaque année et selon l’ONUSIDA, il faudrait 6 milliards supplémentaires.

Les pays ont accepté d’augmenter leurs dépenses liées au SIDA pour obtenir entre 22 et 24 milliards de dollars d’ici 2015 dans les pays à faibles et à moyens revenus.

« C’est peu dire que d’affirmer qu’un financement adapté est essentiel à la réussite de notre réponse au problème du VIH/SIDA, » a dit le Président du Nigeria, Goodluck Jonathan. « De nombreux pays, dont le mien, ne peuvent atteindre les objectifs que nous nous étions fixés nous-mêmes il y a dix ans, ni les OMD [Objectifs du millénaire pour le développement], sans le soutien de nos partenaires en développement. J’apprécie certes leur assistance, mais je voudrais saisir cette opportunité pour les exhorter à faire le maximum pour honorer leurs promesses, étant donné que 2015 n’est pas loin. »

Dans son discours durant la séance destinée à lancer le plan global d’élimination des nouvelles infections chez les bébés, l’ancien Président américain Bill Clinton a discuté de l’importance de la coordination parmi les agences gouvernementales et les autres instances, ainsi que des frais généraux que représente l’assistance aux personnes séropositives. Il a fait remarquer que bien des conférences de l’ONU n’ont pas réussi à atteindre les objectifs qu’elles s’étaient elles-mêmes fixés, mais il a espéré que cette fois-ci, les choses seraient différentes. « C’est quelque chose que nous sommes capables de réaliser, » a t-il dit.

A l’extérieur, des pancartes réclamaient une action d’urgence. « Nous sommes à un tournant, » a dit l’activiste Larry Bryant, qui vit depuis 25 ans avec le SIDA. « Les leaders mondiaux hésitent dans leur engagement à combattre le SIDA, alors même que nous sommes en train de renverser la vapeur dans cette lutte. »

Michelle Childs, directrice de la politique de plaidoyer de la Campagne d’accès [aux médicaments essentiels]de Médecins sans frontières (MSF) a critiqué ce qu’elle nomme « le double discours » : les accords de libre-échange entre le monde développé et les pays pauvres qui « créent des barrières supplémentaires pour la compétition des génériques destinée à casser les prix et menacent l’accès à de nouveaux médicaments abordables, » a t-elle dit.

« Certains pays promettent dans une réunion de traiter le SIDA, et à huis clos au cours d’autres réunions, ils font tout ce qu’ils peuvent pour s’assurer que les prix [des médicaments] restent inabordables, » a t-elle accusé.

« Le sommet sur le SIDA n’aura été qu’une farce si nous ne voyons pas se mettre en place de véritables programmes pour accélérer le traitement de façon à pouvoir anticiper la vague des nouvelles infections, » a dit Tido von Schoen-Angerer, directeur de la campagne de MSF pour l’accès aux médicaments.

Un autre problème reste la question affligeante de la moralité sexuelle, qui empêche certains pays et participants de soutenir l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive et les programmes anti VIH/SIDA s’adressant aux femmes et aux filles, tels que les combinaisons d’intervention comprenant des préservatifs féminins, a dit Serra Sippel, présidente du Center for Health and Gender Equity [Centre pour la santé et l’équité entre les genres] de Washington.

« Il ne fait aucun doute que nous perdrons ce combat si nous ne nous occupons pas directement des droits des femmes, » a t-elle dit. « Les femmes vivent entre maladie et injustice, et tant que nous n’avons pas la volonté d’affronter cette réalité, le VIH restera vainqueur. »

Sous la pression du Vatican, des nations islamiques et des conservateurs américains, le sommet a très largement éludé les questions concernant les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes, les travailleurs du sexe et les utilisateurs de drogue.

On a entendu Aditi Sharma, qui travaille à la Coalition internationale de la préparation au traitement (ITPC) à Pune, déclarer : « C’est toujours le même marchandage à propos des droits humains et de la souveraineté. Cela fait 30 ans que l’épidémie a démarré, mais on ose à peine mentionner les populations les plus concernées. »

 

Source: http://www.irinnews.org/fr/

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