ÉLECTION AMÉRICAINE - Barack Obama et Hillary Clinton condamnés à s'entendre ?

 
 

Alors que les deux candidats démocrates continuent à s'entredéchirer, de plus en plus de leurs partisans souhaitent les voir présenter une candidature commune au mois de novembre afin d'éviter un nouvel échec à la présidentielle.

 

Quelles sont les chances de voir les démocrates présenter une dream team à l'élection du mois de novembre, avec Barack Obama et Hillary Rodham Clinton joignant leurs forces dans un même ticket ? Le bookmaker londonien Ladbrokes prend les paris à 8 contre 1, mais les ténors du Parti démocrate ne sont pas prêts à miser leur argent, du moins pas encore.

Le problème, pour eux, est que plus la bataille des primaires tourne à l'aigre, plus il paraît urgent de former un ticket unitaire qui aplanirait les divisions au sein du parti. Mais les deux candidats en lice continuent à s'entredéchirer, et l'on imagine mal comment ils pourraient un jour s'entendre. "Ce n'est plus un combat à fleurets mouchetés", déplore Donna Brazile, une stratège démocrate qui a dirigé la campagne d'Al Gore en 2000.

Mme Brazile regrette les attaques venimeuses lancées ces dernières semaines aussi bien par les équipes de campagne que par les partisans des deux candidats. De crainte que la rancœur accumulée ne prive en novembre le parti d'une victoire qui semblait quasi certaine, certains démocrates appellent de leurs vœux un ticket commun Obama-Clinton ou Clinton-Obama.

Si la course à l'investiture démocrate venait à se prolonger jusqu'à la convention du mois d'août, cela pourrait provoquer une scission dans le parti, juste au moment où débuterait la campagne pour l'élection générale.

"On a entendu d'autres attaques, bien pires, lors de primaires précédentes", confie Matt Bennett, le cofondateur du groupe de réflexion Third Way, qui a participé à la campagne présidentielle du candidat démocrate Wesley Clark en 2004. "La différence est que, cette fois, les dangers sont réels, étant donné l'extraordinaire passion soulevée par les deux rivaux. J'ai bien peur que l'acrimonie devienne telle qu'elle finisse par dégoûter et faire rester chez eux à l'automne certains des électeurs que chacun a réussi à mobiliser."

Bennett et d'autres analystes démocrates craignent que les moins de 30 ans, qui lors des primaires se sont exprimés dans une proportion record en faveur d'Obama, choisissent de ne pas se rendre à nouveau aux urnes si le sénateur de l'Illinois n'est pas désigné par le Parti démocrate.

Si les Noirs, qui le soutiennent actuellement à 90 %, ne voteront probablement pas pour le candidat républicain en novembre, ils pourraient également décider de s'abstenir, à moins que leur champion figure en pole-position sur le ticket. D'un autre côté, les femmes blanches de plus de 50 ans, qui constituent le socle électoral de Hillary Clinton et qui sont parmi les électeurs les plus fidèles du pays, seraient sans doute déçues si la sénatrice de New York ne l'emportait pas.

"Je commence à m'inquiéter", estime le démocrate Mark Mellman, conseiller de John Kerry lors de la présidentielle de 2004. "A mon avis, les démocrates sont dans une position idéale pour gagner en 2008. La seule chose qui pourrait provoquer notre défaite, c'est nous-mêmes, et on dirait bien que c'est ce qui va se passer."

L'harmonie dans le parti en a d'ores et déjà pris un coup. Selon un sondage USA Today/Gallup effectué entre le 14 et 16 mars, un démocrate sur quatre qualifie d'"inacceptable" un ticket Obama-Clinton. Un quart des sondés rejette également l'idée d'un ticket Clinton-Obama. Les électeurs engagés en faveur d'un des deux candidats sont les plus hostiles à ce que leur favori accepte le poste de vice-président. Un tiers des partisans du sénateur de l'Illinois se prononce ainsi contre le fait que Hillary se place en première position, tandis qu'un tiers des inconditionnels de la sénatrice sont opposé à l'idée qu'elle n'y soit pas.

"Normalement, le candidat désigné par le parti a la liberté de choisir le colistier aux côtés duquel il se sent le plus à l'aise et qu'il juge complémentaire", rappelle Leon Panetta, ancien chef de cabinet du président Bill Clinton. "Mais, dans la situation actuelle, si le parti est divisé, si le risque existe que d'importantes catégories d'électeurs se détournent des urnes, le seul moyen de les retenir serait que les deux candidats fassent équipe."