Congo : la Monuc ouvre le feu sur des miliciens Maï-Maï
Des casques bleus de la Mission de l'ONU en République démocratique du Congo (RDC) ont ouvert le feu à l'arme légère dans l'est du pays, en riposte à des tirs de miliciens pro-gouvernementaux Maï-Maï.Des miliciens Maï-Maï ont tiré sur un convoi de deux engins blindés de la Monuc en patrouille dans la localité de Kibututu, à environ 80 km au nord de Goma, a indiqué à l’AFP le lieutenant-colonel Dietrich. « Les casques bleus ont riposté », a-t-il précisé. Ils « ont fait usage d’arme légère pour éviter les pertes parmi les civils, car l’incident a eu lieu sur un marché ». Selon M. Dietrich, la patrouille « était en train de vérifier des informations faisant état de l’avancée de miliciens Maï-Maï », généralement alliés de l’armée congolaise, vers la ville de Kiwanja, à une dizaine de km plus au sud, sous contrôle de la rébellion de Laurent Nkunda.
Cet incident intervient au lendemain d’un retrait d’une quarantaine de km sur ce front opéré unilatéralement par la rébellion pour « donner une chance à la paix » et soutenir la médiation de l’émissaire de l’ONU en RDC, le Nigérian Olusegun Obasanjo. La rébellion avait cependant demandé à la Monuc « de prendre en charge la sécurité de ces zones de séparation et de s’assurer qu’aucune autre force ne vienne l’occuper ». Mercredi, un porte-parole rebelle a accusé l’armée régulière, des miliciens Maï-Maï et des rebelles hutus rwandais d’avoir repris pied dans les zones évacuées, notamment à Kinyandoni, à 10 km au nord de Kiwanja, une petite localité voisine de Kibututu. L’atmosphère était tendue mercredi en début d’après-midi à Kiwanja, dans la crainte d’une possible attaque Maï-Maï sur la ville, a constaté une journaliste de l’AFP. La majorité des commerces étaient fermés, et la rue principale de la ville était très peu animée, beaucoup d’habitants ayant fui dans la matinée. « La population est inquiète », a expliqué une habitante, prénommée Kanyare. « Depuis ce matin, il y a une nouvelle qui circule disant que les Maï-Maï sont à quelques kilomètres d’ici. Tout le monde fait ses bagages pour aller à la (base de) la Monuc ou en brousse », a raconté cette femme. Quelques groupes de personnes commençaient néanmoins à revenir dans le centre-ville, s’enquiérant prudemment de la situation. Les casques bleus « patrouillent dans la région et observent les redéploiements » des troupes rebelles, a affirmé dans la journée de mercredi le porte-parole de la mission onusienne, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich.
Ce retrait s’est opéré sur trois axes du front nord, notamment celui de Kanyabayonga-Nyanzale et de Kabasha-Kiwanja, situés à environ 80 km au nord-ouest et au nord de Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu. Mais il ne concerne pas le front le plus sensible, celui situé à une quinzaine de kilomètres de Goma, ville d’un demi-million de personnes et capitale de la province du Nord-Kivu. « Sur l’axe Kanyabayonga-Nyanzale, ils se sont déjà retirés » sur une trentaine de kilomètres, a précisé la Monuc. « Le retrait est effectif depuis hier, nous nous sommes retirés sur 40 kilomètres », a affirmé le porte-parole de la rébellion, Bertrand Bisimwa. Mardi, à l’issue d’une réunion de son comité politique, la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) avait décidé de ce retrait pour donner « une chance à la paix » et « conforter » les efforts de médiation de l’émissaire de l’ONU en RDC Olusegun Obasanjo.
La rébellion avait cependant demandé à la Monuc « de prendre en charge la sécurité de ces zones de séparation et de s’assurer qu’aucune autre force ne vienne l’occuper ». Une « telle occupation rendrait immédiatement caduque la décision de retrait », avait mis en garde le CNDP. Quelques heures à peine après le mouvement de ses troupes, le porte-parole de la rébellion a accusé l’armée régulière, des miliciens Maï-Maï et des rebelles hutus rwandais d’avoir repris pied dans les zones évacuées, notamment à Vitshumbi, un petit port sur les bords du lac Edouard. Selon la Monuc, une rencontre était prévue dans la journée entre les hiérarchies de l’armée, de la rébellion et de la force onusienne pour discuter du retrait en cours. La Monuc n’avait pas fait de commentaire à la mi-journée sur les accusations du CNDP, qui pourraient remettre en cause le premier signe encourageant sur le terrain depuis la visite en fin de semaine au Nord-Kivu de l’envoyé spécial de l’ONU. M. Obasanjo avait alors rencontré le chef rebelle Laurent Nkunda et obtenu de lui un engagement à respecter un cessez-le-feu proclamé unilatéralement le 29 octobre par la rébellion et resté depuis lettre-morte.
Dans la région stratégique de Kanyabayonga (100 km au nord de Goma), tenue par l’armée régulière et qui verrouille l’accès au nord de la province, le calme était revenu mercredi à Kirumba et Kayna, où des soldats s’étaient affrontés mardi à des miliciens Maï-Maï qui tentaient d’empêcher leurs pillages. Au moins deux Maï-Maï présumés ont été tués au cours de ces violences, a constaté une journaliste de l’AFP à Kirumba, ville quadrillée par de nombreux militaires et désertée de sa population, où de nombreuses habitations ont été pillées. Sur le plan diplomatique, la France, qui préside actuellement l’Union européenne (UE), a réaffirmé la nécessité d’un renforcement de la Monuc, après avoir proposé au Conseil de sécurité de l’ONU d’augmenter d’un peu plus de 3.000 hommes les effectifs de la force onusienne, aujourd’hui d’environ 17.000 casques bleus.
Source AFP
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