ETATS-UNIS - Obama-Clinton pour le meilleur ou pour le pire ?

Publié le par FRIADIASPO

La nomination de l'ex-première dame des Etats-Unis au département d'Etat suscite quelques réserves. Certains craignent qu'elle ne fasse de l'ombre au nouveau président.

Tandis que les démocrates s''entre-déchiraient pendant la campagne des primaires, Samantha Power, conseillère de Barack Obama, avait alors déclaré à un journal écossais que Hillary Clinton était "un monstre". Elle avait dû démissionner. Elle ne faisait pourtant que dire tout haut ce que la plupart des "obamaniaques" répétaient tout bas. La décision du nouveau président américain d''offrir le poste de secrétaire d''Etat à son ancienne rivale n''a donc pas manqué de faire sensation. Il existe une vieille tradition aux Etats-Unis, qui remonte à la présidence de John Quincy Adams et Henry Clay, et selon laquelle le département d''Etat fait figure de lot de consolation. Mais les Américains n''en sont pas moins perplexes quant à la signification de ce choix. Barack Obama est-il en train de faire allégeance à Clinton ou cherche-t-il à neutraliser son ancienne rivale en l''enfermant dans une camisole de force dorée ? Les citoyens américains se demandent d''ailleurs avec la même anxiété si le duo fonctionnera ou non. Le couple Clinton va-t-il saboter l''administration Obama ou la compléter ? Bref, ce mariage est-il pour le pire ou pour le meilleur ?

Bon nombre de fervents supporters de Barack Obama sont furieux de voir que leur champion s''apprête à s''allier avec le "monstre". Ils n''ont pas consacré deux ans de leur vie à relayer un message d''espoir et de changement pour assister au retour à Washington du couple Clinton, de leurs incubes et de leurs succubes. L''homme qui leur avait promis de transformer Washington n''a rien trouvé de mieux que de les ramener dans les années 1990. Certes, Barack Obama a de bonnes raisons de vouloir se montrer prudent. Hillary Clinton n''a sûrement pas renoncé à devenir la deuxième présidente Clinton. Son mari a amassé des millions de dollars pour lui et pour sa fondation en donnant des conférences dans le monde entier. La fondation Clinton emploie 800 personnes et traite de sujets sensibles comme le sida et la lutte contre la pauvreté. Les présidents en place sont toujours réservés – à raison – lorsqu''il s''agit de permettre à leurs prédécesseurs d''influer sur leur politique étrangère. Les médias ne manqueront pas de titrer sur les moindres signes de désaccord entre les deux familles démocrates.
Les arguments contre la nomination de Hillary Clinton sont pourtant exagérés. Barack Obama et Hillary Clinton ne se distinguent que par d''infimes différences idéologiques. Tous deux sont des pragmatiques ayant foi dans l''utilité de l''action diplomatique, mais qui n''hésiteront pas à recourir à la force si nécessaire. Leurs querelles pendant les primaires – sur le soutien de Hillary Clinton à la guerre en Irak ou la volonté affirmée de Barack Obama d''ouvrir des négociations sans conditions avec l''Iran – ne portaient que sur des détails, pas sur le fond. Ces divergences n''ont rien de comparable avec celles – dévastatrices d''un point de vue philosophique – qui divisaient l''administration Bush entre les faucons de Dick Cheney et les colombes de Colin Powell.

Les responsables politiques n''ont pas besoin de différences idéologiques pour se faire la guerre. Même dans la meilleure conjoncture possible, le département d''Etat est traditionnellement opposé aux autres organes décisionnels de politique extérieure, comme le Pentagone, le Conseil national de sécurité, le vice-président et le Bureau ovale. L''arrivée d''une prima donna sur ce terrain miné ne risque-t-elle pas d''aggraver les guerres de territoire ? Ce n''est pas dit. Joe Biden [le vice-président élu], qui s''y connaît en matière de politique étrangère, aurait été l''un des premiers à soutenir la nomination de Hillary Clinton. Robert Gates, qui semble devoir rester au ministère de la Défense, soutient depuis des années que l''Amérique a trop investi dans le Pentagone aux dépens du département d''Etat. Enfin, Hillary Clinton est une amie de longue date de James Jones, ancien général et ancien commandant des forces de l''OTAN dont Barack Obama aurait sollicité les services en tant que conseiller à la sécurité.

Hillary Clinton a également pour elle une série d''atouts non négligeables, notamment son aura de star. L''ancienne première dame et ex-candidate à la présidentielle n''aura aucun mal à attirer l''attention partout où elle ira. Elle viendra également avec son expérience. La sénatrice de New York sait exercer son autorité aussi bien par l''usage du bâton que de la carotte. Comme première dame des Etats-Unis, Hillary s''est déjà rendue dans 80 pays et en tant que membre de la commission des Forces armées du Sénat, elle est au fait du fonctionnement de l''appareil militaire américain. Elle serait, en outre, particulièrement bien placée pour faire avancer la paix au Moyen-Orient : elle connaît personnellement la plupart des personnages centraux du problème, elle est sur la même ligne que le président Obama, elle peut s''appuyer sur l''héritage de son mari et elle est particulièrement obstinée. La défaite et l''humiliation ne semblent avoir pour effet que de la rendre plus forte, ce qui est exactement le tempérament qu''il faut pour traiter de la paix au Moyen-Orient.

Le nouveau président Des Etats-Unis sera confronté à des défis colossaux en matière de politique étrangère et héritera d''une économie en pleine récession. L''image de l''Amérique dans le monde est pour le moins ternie. La bataille contre l''islamisme radical s''est transformée en lutte partisane. L''appareil législatif a été perverti comme jamais, notamment le département d''Etat. Y envoyer un fauve comme Hillary Clinton n''est certainement pas sans risque. Mais y nommer une faible créature sans défense serait peut-être encore pire.

 
The Economist
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Publié dans Politiques & Sociétes

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