INTERNET/CAMEROUN: Quand les sites veulent renverser Paul BIYA
Les principaux sites d’information au Cameroun proposent des forums qui, de plus en plus politisés, promettent de renverser le régime Biya. C’était prévisible. Le Web prend progressivement la forme d’une puissante tribune d’échange et de débats politiques. Les camerounais, surtout de la diaspora, en ont fait un inquiétant réseau où se forment des alliances, se consolident des projets et s’éveille une certaine conscience de la nécessité de renverser le régime de Biya. Les échanges sur les grands forums tels www.camer.be, www.cameroun21.org et les commentaires laissés sur les sites des grands médias camerounais révèlent que, finalement, c’est le Net qui fera partir Biya. Entre forum d’actualité et forum politique, le décalage est bien mince. On s’y retrouve généralement à affûter sa haine pour le régime en place et, logiquement, à tisser des stratégies destinées à le fragiliser. Il y a comme une révolution politique virtuelle qui s’installe sur la toile. Sauf que, entre le virtuel et le réel, la désillusion est souvent très frustrante.
Supplanter les chats et les rencontres amoureuses
La connexion du Cameroun le 5 avril 1997 a provoqué de grands bouleversements dans les habitudes communicationnelles des camerounais. On s’est dès le départ attardé à n’envisager cette secousse que sous l’angle de la fluidité des mails ou des rencontres amoureuses prisées par nos sœurs. Baba Wame, en janvier 2005, soutient une thèse de doctorat à l’Université de Paris II sur le thème « Internet au Cameroun : les usages et les usagers ». Il y dévoile un usage basique du Net qui, selon lui, n’est prioritairement exploité que dans l’univers des mails et des chats où les camerounaises sont de véritables championnes. Ces constats sont certes avérés, mais méritent quelques assouplissements. Ils semblent négliger en effet la place grandissante des forums politiques, ce qui n’est guère surprenant lorsqu’on sait que les forums sont généralement masqués par l’information dont ils ne sont que les commentaires. Le développement subtil de forums est sur le point de supplanter durablement les usages fantaisistes du Web. Les internautes camerounais ont bien saisi l’opportunité politique offerte par la toile. Les émeutes de février et la révision constitutionnelle d’avril 2008 ont boosté l’effervescence des forums. L’absence de censure et d’une efficace régulation a facilité l’émergence d’idées les plus folles et les plus radicales.
Douteuse efficacité
Assurément, il y a un mouvement en marche sur Internet. La politisation croissante des forums d’actualité présage d’importants impacts sur la vie politique du Cameroun. Les partis politiques les plus avertis comme le RMDC ont intégré cette dynamique et n’hésitent pas poster régulièrement leurs visions sur ces tribunes. D’autres se contentent d’envoyer sur les forums des espions chargés d’influencer, par leurs interventions, l’opinion politique des ceux qui y participent. L’alternance politique au Camer viendra, avec douceur, du Web. Faudra, dans ce cas, que suive un activisme politique pragmatique sur le terrain politique camerounais. C’est dire que la seule sagacité théorique sur le Net ne saurait ébranler le régime Biya. Il est doublement prétentieux et naïf d’estimer pouvoir remédier au chaos politique par le seul moyen de réseaux et d’échanges politiques toujours virtuels. Dénudé de retombées pratiques, c’est-à-dire d’action, l’activisme politique sur le Web ne se limitera qu’à consoler psychologiquement l’incapacité de quelques expatriés à secouer l’édifice politique en place. Les forums se réduiraient à des interfaces où l’on projette, pour s’en débarrasser, tout ce qu’on ne parvient pas à réaliser sur un terrain politique trop verglacé.