Portrait/Bertin Mampaka, le premier africain député-maire belge
Bruxelles, 8 juin (APS) - Massif, le teint clair, Bertin Mampaka, 51 ans, a un regard perspicace qui éclaire son visage et lui donne un air de jeune premier malgré la calvitie au sommet de son crâne. Premier député africain de Belgique, ce natif de la République démocratique du Congo ne passe pas inaperçu dans la vie politique bruxelloise.Servi par un discours convaincant, il communique à son interlocuteur sa passion pour la politique et sa foi en la capacité de l’homme africain à percer où qu’il se trouve, fusse-t-il en Occident. Grand admirateur de Harlem Désir, l’ex-porte parole de SOS Racisme, il déclare avoir su puiser dans la démarche et les idées de l’ancien député européen l’énergie qui lui a permis de se faire une place au soleil en Europe.
Face aux hommes d’affaires sénégalais et belges réunis à Bruxelles lors de la 6-ème édition du Forum international ‘’Diaspora des affaires’’ organisé par le Mouvement des entreprises du Sénégal (MEDS), il a profité de son souhait de bienvenue à la ville de Bruxelles, pour lancer à l’endroit de ses frères africains une invite à pénétrer le marché belge en vue d’y acquérir des parts de marché comme tout bon industriel.
Pourtant, rien ne le destinait à une implantation en Europe, quand en 1979 Bertin quitte son pays natal la République démocratique du Congo (Zaïre à l’époque) pour des études universitaires à Bruxelles. Sur place, l’étudiant consciencieux ne perd pas son temps puisque après cinq ans il obtient un diplôme en matière de fiscalité et retourne aussitôt chez lui. Pour y occuper le poste de directeur de marketing au British advance tobacco.
Les années passent, mais à sa grande déception il se rend compte que beaucoup de choses ont changé dans son pays et que tout n’est pas facile comme il le pensait pour surtout les cadres de son genre ayant subi une formation à l’étranger. ‘’Il m’était difficile de m’intégrer. L’environnement économique et financier était hostile pour les cadres de la diaspora’’, dit-il sans entrer dans les détails de ce désenchantement.
Se souvenant de ses belles années universitaires, Bertin Mampaka ne cherche pas plus loin son point de chute : ce sera Bruxelles. Le choix s’avère judicieux dans la mesure où à peine de retour il est nommé comptable dans une mutuelle. Peu après, il entre comme professeur d’économie à la Haute école de la commune française d’Hueno.
Douze ans durant il y dispensera son savoir avant que le virus de la politique ne le saisisse via la percée, de l’autre côté de la frontière belge —en France précisément—, de Harlem Désir. Un français de père martiniquais et de mère alsacienne dont l’ascension politique qui culmine avec une entrée au parlement européen sous la bannière des socialistes, l’’’inspire’’ au plus haut point.
Seule différence avec son idole : au lieu du PS, Bertin Mampaka dépose ses baluchons chez les centristes du Parti démocrate chrétien. Une formation ayant dominé depuis prés de 40 ans la vie politique du Royaume de Belgique et à qui elle donne généralement ses Premiers ministres.
Elu conseiller municipal en 2000, il entre quatre ans plus tard au parlement et devient ainsi le premier député africain du Royaume. Prenant goût à la chose, Bertin confesse qu’il lui a fallu ‘’se dépenser énormément’’ pour se faire accepter par les politiciens belges.
Au sein du Conseil municipal, les promotions s’accumulent jusqu’à ce qu’il accède au poste de premier adjoint du maire de Bruxelles qui se trouve être un socialiste. Le temps de finir un mandat dont il avait hérité en cours d’exercice, Bertin Mampaka est réélu premier adjoint au maire en 2006, pour cette fois-ci un vrai mandat de six ans.
Aujourd’hui qu’il est intégré à la vie politique belge, il est animé par deux choses : travailler à la promotion de ses frères africains et entrer dans le gouvernement de son pays d’accueil. ‘’Je suis prêt à être ministre’’, dit-il dans un sourire complice avant de relever qu’en attendant sa propre ascension il va, en perspective des municipales de 2013, ‘’faire élire 11 conseillers’’.
Issus de la diaspora africaine vivant en Belgique, ces derniers militent au Parti démocrate chrétien et sont, précise-t-il, originaires essentiellement du Cameroun et de la République démocratique du Congo.