|  | Décidement le Pays de l´oncle Sam n´en finit pas de nous étonner par ses nombreuses tueries , récemment Aminata Sonka Touré , Alphadio et beaucoup d´autres jeunes de la diaspora sont tombés sous les balles des incontrolés. Pour savoir le pourquoi de ces tueries, des spécialistes se penchent sur les mobiles de ces mystrieux personnages. |  | Le 1er août 1966, Charles Whitman, étudiant de l'université du Texas à Austin, a grimpé au sommet d'une tour de 27 étages et a tué 14 personnes, en blessant 31 autres, avant d'être abattu par la police. Whitman n'a certainement pas inventé le meurtre de masse, mais il a engagé le pays sur une terrible voie. Après cette tuerie, les massacres, et plus particulièrement les fusillades, se sont banalisés. George Hennard à Killeen, au Texas. Patrick Edward Purdy, à Stockton. James Huberty, à San Ysidro. Eric Harris et Dylan Klebold, au lycée Columbine de Littleton, dans le Colorado, pour n'en citer que quelques-uns. Et le nombre de morts n'a cessé d'augmenter. Sept des huit pires massacres de l'histoire moderne des Etats-Unis ont été perpétrés au cours des vingt-cinq dernières années. Le profil d'un tueur La fusillade du lundi 16 avril a fait 32 morts [plus l'auteur du massacre] sur le site de Virginia Tech est peut-être la plus meurtrière qui ait jamais eu lieu sur un campus des Etats-Unis. Comment expliquer cette augmentation du nombre de victimes ? D'abord par des bouleversements sociétaux. Pendant plus de vingt-cinq ans, j'ai étudié avec mon collègue Jack Levin* le profil des auteurs de ces massacres. Nous avons identifié cinq facteurs que l'on retrouve dans chaque affaire ou presque. Premièrement, les auteurs sont depuis longtemps dans une logique de frustration et d'échec, et souffrent d'une incapacité à faire face à leurs désillusions. Deuxièmement, ils extériorisent la culpabilité, se plaignent souvent que les autres ne leur ont pas laissé de chances. Troisièmement, ces tueurs ne bénéficient généralement pas du soutien émotionnel d'amis ou de parents. On entend souvent la déclaration suivante : "Il était du genre solitaire". Quatrièmement, ils vivent souvent un événement catalyseur qu'ils considèrent comme catastrophique. La plupart du temps, il s'agit d'une grande déception : la perte d'un emploi, une rupture amoureuse. En 1991, un étudiant de l'université de l'Iowa a tué cinq personnes parce qu'il estimait que son devoir de physique méritait de décrocher un prix prestigieux doté de 1 000 dollars. Cinquièmement, ils doivent avoir accès à des armes suffisamment puissantes pour leur permettre d'assouvir leur désir de vengeance. La fragmentation de l'Amérique en cause Qu'est-ce qui a changé ? Les Etats-Unis sont devenus depuis quelques années un environnement beaucoup plus impitoyable et plus compétitif. Par ailleurs, la communauté traditionnelle connaît une éclipse : le taux de divorce est plus élevé, la fréquentation des lieux de culte est en baisse, les zones urbaines sont de plus en plus peuplées de gens qui n'entretiennent peut-être même plus aucune relation avec leurs voisins. Si les meurtriers de masse sont des solitaires qui manquent de soutien, alors ces tendances ne font qu'exacerber la situation. On sait aujourd'hui beaucoup de choses sur les raisons de ces drames. Nous devrions pouvoir nous consoler en rappelant qu'ils sont excessivement rares. Néanmoins, ils continuent de se produire, et ils sont un prix aussi tragique que désolant que nous devons payer pour vivre dans la société ouverte, moderne et démocratique qui est la nôtre. *Ensemble, ils ont écrit deux livres sur le meurtre, The Will to Kill ("La volonté de tuer", 2006) et Extreme Killing ("Meurtre extrême", 2005). |  | | James Alan Fox | | Los Angeles Times | |  | |